Chroniques du morne Karaté
Chroniques du morne Karaté

Alors chéri(e), tu montes ?

Bon, les belles présentations façon quatrième de couverture, c'est bien joli, bien gentil, mais ça manque de punch (comme de ti-punch). Il est donc temps de passer à un peu de...

 

RACOLAGE :

 

 

AVEL répond aux normes SSV (Sang, Sexe, Vaudou) :

 

Sang :

 

    - Pose ça sur la table et mets-toi à genoux.

   Elle parle froidement, sans élever le ton, mais ça ne souffre aucune contestation. Romario s’est agenouillé, il attend. Ana se lève. Romario la regarde s’approcher, il guette ses mouvements à défaut de pouvoir lire quelque chose sur son visage. Le souvenir de quelques corrections reçues depuis qu’il est chez Ana lui fait appréhender celle-ci. Il sait qu’elle n’y va pas de main morte. Il prend la résolution de ne pas pleurer. Il ne criera pas non plus. Malgré lui il laisse un peu de haine le pénétrer, réflexe de défense pour se donner de la force. Son regard s’allume. Le premier coup manque pourtant d’abattre la muraille qu’il vient d’élever. La chicote a cinglé son dos avec une violence dépassant ce qu’il pouvait imaginer. D’autres coups suivent le premier à rythme rapide, tout aussi violents. Romario a l’impression de suffoquer, il respire très fort et très vite, il ne desserre pas les dents mais ne peut empêcher son corps de se tordre sous les coups. Ana ne se cantonne pas au dos, elle frappe aussi sur les côtés et devant. Romario doit se protéger de ses bras, qui prennent de nombreux coups ainsi que ses mains. Même avec une chemise, demain les marques se verront. Sans cette protection, certains coups atteindraient même le visage. Romario se sent à la limite de ses forces ; là où Ana frappe il y a maintenant des plaies, et c’est comme de l’alcool pur versé sur celles-ci, ou du sel. Romario ne peut voir le visage d’Ana. Il est étourdi par les coups, ses mâchoires tremblent à force de se serrer, et pourtant quelque chose en lui cherche à comprendre. Il ferme les yeux, gardant ses bras bien hauts pour se protéger la figure, laissant le reste à la violence de sa tante.

 

Sexe :

 

    - Eh ! Cariño ! Attends ! Tu la mets dans le mauvais sens. Chéri, laisse-moi faire. Voilà. J’appuie sur le réservoir, je la pose doucement et avec l’autre main je fais glisser dé-li-ca-te-ment jusqu’en bas… Eh ! Chéri, tu es trop nerveux, il faut te détendre. Bon, ce coup-là je te le compte pas. On va nettoyer tout ça et attendre un peu que ça revienne. Ça fait longtemps que t’as pas fait l’amour ?

 

Vaudou :

 

   L'oncle parle :

    - T'as du carburant ?

    - J'ai un reste de rhum, et un truc bizarre que le blanc d'en face m'a filé.

   Elle descend quatre à quatre et remonte aussi sec.

    - Calvados.

   Bienaimé ouvre et sent :

    - Ça ira.

   Il verse quelques gouttes de rhum aux points cardinaux et ordinaux de la pièce puis s'en enfile une rasade. Quelques bougies sont allumées et collées au sol avec de la cire chaude. Il s'assied sur une petite chaise, Ana de même à terre et hop ! il commence. D'abord un petit chant, à voix timbrée, tarif local :

 

Bobo Marveille j'ai oublié les mots

La parole est restée dans ma gorge oh !

La parole est coincée dans ma gorge oh !

Tambourine-moi le dos

Bobo Marveille oh !

Echappe de ma gorge la musique des mots

 

   Une deuxième rasade. Ana de même. Bienaimé prend une bougie, passe la flamme rapidement sur son crâne, puis reprend, tarif international cette fois :

 

Bobo Marveille
Nègre couci couça
Nègre calipsi calipsa
Nègre java jaza pijama
Nègre roco coco rocolocosso
Nègre soûl sur un cochon
Nègre poisson potion chaudron
Nègre rôdeur robeur bobeur
Nègre anneau tonneau sono
Nègre merveille soleil oreille
Bobo quatre royaumes
Bobo bouffon du trois
Bobo trois îles
Trois sifflets trois reflets trois moufflets
Bobo tambour
Nègre à rebours
Nègre Blacatac Tacatac Tacotac
Bobo briseur de temps
Bobo roi du ton

Bobo culotte en feu
Bobo sexe aux étoiles

Nous avons besoin de toi

 

   Silence. L'oncle ferme les yeux, baisse la tête. Puis la relève et les rouvre. Bobo est là, se moulant aux plis de son corps d’emprunt.

 

AVEL vous surprendra aussi, par endroits, par un irrespect prononcé des règles les plus élémentaires qui régissent le « bien écrire ». Voyez plutôt :

 

   Il se coucha et attenda. On avait vu des suicides moins patients. Celui-ci durait. C’était la nuit bien avancée. Des cloches tout à coup retentissèrent et tentèrent de tisser dans sa tête un terrain pour araignée, et que je te dingue et que je te dongue dans les oreilles et tous les villages, et Jean Rumengol se rappela alors que c’était la nuit de noël. Bah ! Qu’importe ! Mascarade sur comédie ! Il attendait. Au bout d’un certain temps les railleuses se turent, euh pardon… se tuèrent, enfin se taisèrent. Il attendait encore. Il savait qu’on ne mourait pas si facilement, mais cela faisait long et grand temps qu’il errait et s’épuisait dans d’interminables marches, meurtri étrillé par le vent et le froid, le ventre creux, et il se sentait à bout, au bout de la course, assez pour que se rompe enfin le fil ténu qui le reliait à cette chienne de vie de chienne du monde. Il attendait, les yeux fermés, il attendait, il attendait, quand émergea jusqu’à sa conscience que le vent qui le caressait, alors qu’il aurait dû le frapper, était chaud, alors qu’il aurait dû être glacé, et qu’il se sentait bien, mais du bien-être de ceux qui s’éveillent et non de ceux qui s’en vont. Par tous les pores de ses paupières il percevait percer comme une traînée d’étoiles qui le fixaient et l’enveloppaient d’une farinade mystique… Mystikrik ?

 

AVEL, c’est mieux que du 2 en 1, mieux que du 3 en 1 ! En effet vous y trouverez :

 

Des séances de conte :

 

Tous : Mystikrak !

Yannick : Ouvrit-il les yeux ? Non, mesdames-et-sieurs, mieux que ça, il les abra, il les cadabra, il les ouvra-z-et brava sans ciller le nouvel et chimérique appel du monde. Abracadabrik ?

Tous : Abracadabrak !

Yannick : Mais que dire ? Quels mots lever pour faire naître dans vos esprits la merveille offerte à la vue de Jean Rumengol ? Quelles phrases tracer dans l’air pour qu’elle s’y reconnaisse et descende les habiter ? Le modeste conteur est parfois réduit à invoquer le grand poète et sa langue de haute suggestion :

 

Tiens, justement, de la poésie :

 

Autrefois de mes mains je faisais communier l’homme et l’arbre

Dans leur passage de vie à mort.

J’accompagnais le bois dans ses lignes secrètes

Je le forçais un peu, parfois, comme demande la demoiselle

Au soir de son mariage.

Je permettais à l’homme de trouver dans les veines de l’arbre sa mort propre, la dignité si fugueuse de son vivant.

Mais après leurs vêtements

Après leurs voitures

Leurs fours

Leurs chaînes Hi Fi

Après tous ces oripeaux de la vie qui font oublier la vie

Les Américains ont trusté la mort

Ils nous ont envoyé leurs cercueils imparfaits, refusés, usagés, recyclés

Ô morts, pitié pour vous !

Vos cris désespérés pourront-ils déchirer ces socles de plastique ?

Pourront-ils émouvoir le plexiglass ?

Goûterez-vous le chant du polystirène ?

Pèserez-vous le pour et le contre-plaqué ?

Ô morts, pitié pour vous !

Dans vos dernières demeures meilleur marché

Que vos cris jamais ne parviennent à mes oreilles

Car je ne fais plus que des meubles pour dames

Et priez que les vers nous veuillent absoudre.

 

Plus sobre, des haïkus :

 

   Dernier soupir. Il se retire, le client de la pute.

 

De la chanson :

 

Dans la rue d’l’Avalons

Y’a ses dames qui vallonnent

Devant les yeux des hommes

Leurs rondeurs pour des ronds

Dans la rue de ces dames

Y’a des hommes qui bésiguent

Qui dominot’ et briguent

Le trôn’du macadam

Dans le cœur de ces hommes

Y’a Liména qui frit

Y’a l’amour et l’envie

Y’a le rhum et les larmes

Dans la nuit de Jacmel

Y’a des goss’ à la pelle

Qui s’enflamment les ailes

Prêts à rejouer le drame…

 

De la fable :

 

   Une femme lavait son linge dans le courant d'une onde pure. Tête Carotte survint, à jeûn, qui fuyait la roture, et que la faim en ces lieux ne pouvait retenir. Soudain, la femme s'écrie : "Chéri! attrape pour moi ce symbole évident !" Tête Carotte regarde. Un bonnet de bébé s'est échappé de la bassine et se laisse emporter par le courant. Alors, au moment où le bonnet lui passe sous le nez (qu'il a morveux, mais ça arrive), Tête Carotte, le pied pourtant mal assuré, se penche pour l'attraper. Patatras ! voilà Tête Carotte les quatre fers en l'air, trempé comme une soupe. Vaillamment il se relève, et court à la poursuite de la dentelle qui lui a filé entre les doigts. Nouvelle chute. Et relevaille que vaille ! Mais plus bas s'ébat un groupe de donzelles. Elles s'emparent de l'objet, se le passent à dix et le repassent, le donnent à l'amie et l'amidonnent de leurs dix doigts, étourdissant Tête Carotte. L'étourdi donc, se ressaisit. Son sac et ses vêtements trempés l'encombrent, il s'en défait. Il ne défait pas les choses à moitié. Puis c'est la chasse au papillon. Plongeon à droite. Plongeon à gauche. La bête file entre ses bras. Ultime effort : il l'intercepte du bout du doigt. Plein d'une bonne volonté qu'il ne se connaissait pas, il trotte vers la lessiveuse. Mais, ô surprise, la jeune lessiveuse (était-elle si jeune tout à l'heure ?) est toute déshabillée, debout, avec d'adorables rondeurs plein le corps, là où elles sont les plus demandées. Sa chair trop pleine est moulée par une peau trop serrée. Un peu de chair de Tête Carotte s'épanouit, et sa peau à lui aussi l'étrique : il trique. Innocent, il donne le bonnet, mais c'est maintenant une petite culotte. La lessiveuse laisse à nouveau tomber le symbole un peu lourd (il fait chaud) que le courant jette à la mer. Elle prend Tête Carotte par le bras et tous les deux traversent en courant ceux de la rivière, fesses au vent, à perdre haleine, bringuebalant badam ! badam ! leurs intenables protubérances. Et se donnent, et s'accouplent dans les bois, testant l'élasticité de la chair, onomatopissant le jour de rutations inouïes : brâmanements, ahânements, hurlurlements. Et toutes les baigneuses plongent leur corps dans la caresse ouch ! de l'eau froide, les souris de leur sang dansant la sarabande d'un nouvel Âge d'Or. Mais non, mais non, mais non. Voyons. Cela ne se peut pas. L'Âge d'Or, justement. Le loup n'a pas mangé l'agnelle, ni la brebis le louveteau. Tête Carotte, n'est-ce pas, n'est pas un loup affable. C'est un loup de compte.

 

Du théâtre :

 

   Romario

Voilà mon oncle, il est forgeron.

   L’oncle

Salut blanc.

   Romario

Tonton, comment ça va ?

   L’oncle

On se débrouille. Il faut faire avec ce que Dieu nous donne. Et Ana ? Ça fait un bout de temps qu’on ne l’a pas vue. 

   Romario

Ça va. Elle ne sort pas beaucoup.

   L’oncle

Elle devrait s’amuser un peu plus. Elle n’est pas enceinte au moins ? Fifi ! apporte un verre d’eau pour le blanc ! Fifi ! Où est-elle encore partie ?

   L’adolescent

Goûter aux élixirs du diable, je parie. En tout cas, pour ce qui est de sortir, elle ! Y’a pas qu’Ana qui devrait surveiller son ventre.

 

 

AVEL contentera aussi :

 

Les amateurs de football :

 

   La bataille fait rage. La première mi-temps s’est terminée sur un score inchangé, mais il y a eu danger devant les buts des Surprises. Pendant la pause, Vava et Romario ont changé de côté avant les joueuses, optimisme oblige. Mais pour l’instant les Tigresses font l’assaut de la cage adverse, qui va bien finir par céder. La fébrilité croissante des Surprises commence à gagner le public, autour du terrain comme dans les arbres qui surplombent le mur et dont les feuilles même se mettent à trembler. Le ciel se grise mais il y a du vent, il ne pleuvra peut-être pas. Quoi qu’il en soit les Tigresses continuent à attaquer. La n°10 réussit à entrer dans la surface avec le ballon. Une Surprise tente de lui barrer le chemin du but. La Tigresse tombe. Pendant une demi-seconde, tout semble suspendu. Des bras se lèvent chez les Tigresses. L’arbitre a sifflé. Bronca dans le public, revenu de sa stupeur. Elle a plongé ! Eh ! l’arbitre, achète-toi des lunettes ! Mais un arbitre ne revient jamais sur son coup de sifflet. La Tigresse s’est relevée et a déjà placé le ballon sur le point de penalty. Le public se calme un peu et retient son souffle. Après tout, un penalty n’est pas un but. La Tigresse prend son élan. Coup de sifflet. La Tigresse s’approche tranquillement du ballon et frappe. Contre-pied. Le ballon vient mourir de sa petite mort au fond des filets. Aux manifestations de joie des Tigresses répondent les lamentations du public. Tout est à refaire. Les deux équipes sont à égalité, mais les port-au-princiennes ont pris un ascendant psychologique. Vava demande à Romario :

   - Qu’est-ce que tu en penses ?

    - C’est pas grave, on va gagner.

   Balle au centre. C’est l’occasion pour les Surprises de toucher le ballon sans avoir à le reprendre à leurs adversaires, mais elles en sont vite dépossédées et c’est à nouveau Fort Alamo. Les assiégées se contentent la plupart du temps de dégager le ballon comme elles le peuvent. Comme là, mauvais dégagement, dans les pieds d’une Tigresse, à 25 mètres des buts. Elle a un peu de champ, avance et frappe. Trajectoire tendue, pleine lucarne. 2 buts en à peine plus de cinq minutes. Le temps se gâte.

 

Les fans d’animaux :

 

   Tiens, ça s’assombrit. Faisons le point : la nuit ne point pas plus que le jour crépuscule. Un nuage. Voyons, voyons : une moustique embête la bête à deux pattes qui sait danser comme moi. Silence. C’est Calypso. Les deux pattes qui ne sont pas des poules ont la manie des noms. Les noms qu’elles s’attribuent leur donnent la certitude d’exister par elles-mêmes. Pour les autres elles n’entrent pas dans le détail. Par exemple elles m’appellent lézard, comme elles font avec tous ceux de l’espèce dont je suis le dernier modèle et la énième manifestation. Dehors il y a la deux pattes que les autres ont la manie de nommer Gigi. Il serait plus juste de dire Vigie en l’occurrence, mais les deux pattes ont peur qu’on touche à leur nom.

   La moustique musique ; Calypso ne danse pas. Cafard.

   Attention commère moustique ! Attention compère cafard ! La deux pattes n’est pas dans son assiette, mais elle a la main prête et le pied pas en retard !

   Hier vermicelle, commère moustique violonise et hop ! que je te siffle un coup de pinard pour mettre à l’eau mes vermisseaux, pour mettre bas dans une mare, un marigot. Et que je gigue en zigzag le dernier tour, la dernière ronde, et que la course recommence. Chez les deux pattes la course est lente. Ce qu’il leur en faut du temps pour forcir leurs pattes arrières. Il faut cependant noter que malgré cette fragilité, et pour jeunes que soient les deux pattes, elles s’y entendent pas mal à augmenter leur nombre et occuper l’espace. Manque d’ordre et de discipline. Chez les deux pattes, le printemps peut arriver tous les jours.

   Commère cafarde n’est pas en reste non plus dans ce domaine, il ne faut pas trop lui laisser le champ libre. Marche, marche commère ! La deux pattes n’a cure que ton sac soit plein ou vide.

   La deux pattes marche elle aussi, mais elle marche à l’intérieur de sa tête et sans savoir où elle va. Pucelle hier, elle sait qu’il lui reste quelques pas à faire sur la piste, trois petits tours et puis s’en vont, mais ce qui l’agace, ce qui agace toutes les deux pattes, c’est qu’elles ne savent pas comme mes commères par quel bout entrer dans la ronde, ni quelle contenance s’y donner. Alors quand la musique de la moustique bourdonne à ses oreilles, elle tape des mains pour que ça cesse, et faire officier les fourmis. Et pour la cafarde qui passe, la deux pattes tape des pieds et grimace de dégoût quand elle révèle une sauce blanche.

   Commère cafarde, commère moustique, faites attention ! On ne sait pas quand cette bête-ci se réveille. Tenez, depuis quelques temps il y a chez toutes les deux pattes de cette maison, même la mâle, une odeur étrange. En plus de la sueur, du parfum, du pet et de l’urine, je sens quelque chose qui ne devrait pas être là. Ça m’a rappelé un souvenir. Une fois une deux pattes en colère a failli écourter mes jours à coups de chaussure. J’avais manqué de vigilance. Elle ne m’a pas tué, mais elle m’a écourté quand même. Eh bien c’est ça : les deux pattes sentent en ce moment l’odeur de la queue qui repousse ! Il se passe décidément de grandes choses en ce monde !

 

Les fins gourmets :

 

   - Ils ont pris le courant ! hurlent Jean-Jean et Chacha de l’intérieur de la maison.

   Toto se met à pleurer. Lisou à s’interroger : et s’ils faisaient le même coup ce soir ? Mais l’heure est à la cuisine et l’angoisse se dissipe aussitôt née. Il faut maintenant du sel. Elle en met un peu, puis elle prend une cuillère, très large, y recueille un peu de ce bouillon, se le verse sur le plat de l’autre main et goûte. C’est bon, c’est excellent, mais il en faut encore un peu. Elle ajoute du sel, regoûte, c’est un régal, elle savoure, mais il en manque encore un tout petit peu. Cette fois-ci c’est une pincée, ça doit être parfait, mais elle ne goûte pas. Il est temps de s’occuper du riz. Du riz Madame Gougousse, riz local plus brun, meilleur que le riz blanc des blancs, plus cher aussi. Lisou le rince à l’eau puis le verse dans l’eau des pois. Il n’y a plus qu’à couvrir le tout et attendre que le riz ait bu l’eau. Non, pas attendre, préparer la viande maintenant. Prendre les différents morceaux de poulets (elle a tué, avant de s’installer, deux poules, les a exsanguées, plumées et découpées), les frotter au sel et au citron, puis les laver à nouveau à l’eau. Lisou fait ensuite bouillir de l’eau dans laquelle elle met du sel, du citron et du persil, demande à Petit Jacques une autre cuvette dans laquelle elle dispose les morceaux de poulet. Elle verse alors l’eau bouillie sur la viande pour une première cuisson, un léger saisissement. C’est le moment de piler du persil, de l’ail, des cubes maggi, ajouter du jus de citron, de la mayonnaise, de la moutarde, du tabasco (une fois, Lisou a goûté de la mayonnaise et de la moutarde françaises, elle en mettait sur le bout de sa langue et faisait fondre tout doucement dans sa bouche. Aujourd’hui il faut, comme d’habitude, se contenter des produits made in USA). Voilà la marinade ! Petit Jacques à la manœuvre, voilà un deuxième réchaud, du charbon incandescent, une deuxième chaudière. Lisou y met la viande avec un peu d’eau. Ça chauffe. Lisou ajoute la marinade, un piment entier et un petit poireau. Elle goûte. L’acidité est parfaite. Un tout petit peu de moutarde encore. Voilà. Le goût reste quelques secondes encore dans sa bouche, et puis c’est fini. Lisou est à nouveau renversée en arrière, un sourire sur les lèvres. Après il ne restera plus qu’à faire frire cette viande et le tour sera joué. Elle soulève le couvercle de la chaudière de riz, il reste encore un peu de temps, elle le repose et se repose quelques instants.

 

   Et beaucoup d’autres encore. Bonne lecture.

Porte d'entrée vers le monde du gars Eric (Téhard)