Chroniques du morne Karaté
Chroniques du morne Karaté

La chanson de Jacmel

A la fin du roman on "entend" la dernière partie d'une chanson qui rappelle Le Port d'Amsterdam cher à Brel. Il est bien normal que je mette ici en écoute l'intégralité du morceau, sur l'air bien connu. L'inconvénient, c'est que pour la voix, c'est votre serviteur qui s'y colle. Je ne suis pas un spécialiste du chant, et si quelqu'un(e) est tenté d'en faire une nouvelle version avec plus de justesse et de naturel, elle(il) est la(le) bienvenu(e). Pour ce qui est de la musique, elle a été prise sur version-karaoke.fr .

Il y a un bonus cependant : les bruitages divers de ma fille de 7 mois qui a daigné faire cadeau au père indigne que je suis d'une brève fenêtre de tir. Qu'elle en soit remerciée.

 

Voici l'oeuvre, en version audio seule:

Chanson de Jacmel 2 Chanson de Jacmel 2

 

 

La voici en vidéo:

Et voici le texte:

 

Dans les rues de Jacmel

Encore ensommeillées

Y'a des mères qui se lèvent

Et commencent la journée

Préparer le café

Réveiller les enfants

Qui se lavent et s'habillent

Puis trempent leur pain blanc

Et c'est alors dehors

Le ballet multicolore

D'uniformes multiportés

De milliers d'écoliers

Tandis qu'on prépare au logis

Sur le ring quotidien

La lutte contre et pour la vie

Sans rêver à demain

 

Au soleil de Jacmel

Y'a des jeux de béquilles

Des éclopés pêle-mêle

Des cyclopes à sébille

Des brouettiers pressés

Le temps c'est de l'argent

Des hommes et des poupées

L'argent c'est du bon temps

Y'a des échopelettes

Nécessaire superflu

Où l'on sait ce que c'est

De vivre à flux tendu

Mais à tous les coins d'rue

Y'a des dents sans secrets

Qui savent ce que c'est

De vivre à coeur perdu

 

Dans les rires de Jacmel

Dans ses yeux fatigués

Cascade l'hydromel

Etincelle la rosée

Que savent recueillir

Des alchimistes en herbe

Des vieux singes du verbe

Chercheurs d'or pieds poudrés

Si la beauté était

Bien cotée à Wall Street

On verrait des pépites

Perler de leurs stylets

Mais les rires de Jacmel

Ne se vendent pas plus

Qu'un vent dous et sensuel

Sorti d'un joli cul

 

Dans la rue d'l'Avalons

Y'a ses dames qui vallonnent

Devant les yeux des hommes

Leurs rondeurs pour des ronds

Dans la rue de ces dames

Y'a des hommes qui bésiguent (1)

Qui dominot' et briguent

Le trône du macadam

Dans le coeur de ces hommes

Y'a Liména qui frit (2)

Y'a l'amour et l'envie

Y'a le rhum et les larmes

Dans la nuit de Jacmel

Y'a des goss' à la pelle

Qui s'enflamment les ailes

Prêts à rejouer le drame...

 

 

(1) Le bésigue, substantif et non verbe en réalité, est un jeu de carte, apparenté à la belotte.

(2) Liména, dans le roman, est une marchande de fritaille, c'est-à-dire une femme qui s'installe au bord de la rue où elle fait frire du cochon et de la banane plantain, voire des tranches de fruit à pain (appelé "lam" en Haïti), qu'elle sert avec du "pikliz", mélange de choux et de de carottes râpés mariné dans du vinaigre et du piment. 

Porte d'entrée vers le monde du gars Eric (Téhard)